Essai nucléaire, la force de frappe française au XXIème siècle



Rédaction de la RMS


Auteur de l'ouvrage de référence "Essai nucléaire, la force de frappe française au XXIème siècle. Défis, ambitions et stratégie" aux éditions Lavauzelle, Philippe WODKA-GALLIEN décrypte l'ambition nucléaire militaire française. L'angle choisi remet en perspective les fondements d'une politique de défense fondée sur la dissuasion : politiques, militaires, technologiques, industriels, voire culturels. Ce libre propos est aussi un voyage au cœur de l'univers de la force de frappe française. Le verdict est clair : la dissuasion se présente comme un réducteur d'incertitudes. Elle projette le concept français de défense loin dans l'avenir, compte-tenu d'un environnement international instable qui renoue avec les logiques de puissance et de course aux armements.



Pourquoi un nouveau livre sur la force nucléaire française ?
 
Avec ce livre, j’aborde le nucléaire militaire d’une autre manière, en proposant une visite guidée de notre dissuasion nucléaire. Loin du langage académique, mais en restant précis sur les dates et les chiffres, l’idée est de permettre au lecteur de saisir tous les contours : les technologies, les unités de la force de frappe, la politique extérieure et la diplomatie. Au titre de notre histoire, j’explique comment le nucléaire s’inscrit dans le code génétique de la France, pays pionniers en la matière.
 
Quelle est la place de dissuasion nucléaire dans un pays comme la France ?
 
La dissuasion nucléaire reste pour longtemps la clé de voûte de notre défense et de notre diplomatie. Elle est notre liberté d’action et assure une sécurité absolue du pays face aux menaces majeures, et celles-ci sont nombreuses. Elle intervient comme facteur de stabilisation d’un monde marqué par les rapports de force. On l’a vu aux portes de l’Europe avec la crise en Ukraine alors que la Chine et l’Inde s’affirment par des politiques océaniques ambitieuses. En 2015, on compte huit à neuf puissances nucléaires militaires. Pour la France, elle est l’attribut d’un membre permanent du conseil de sécurité qui souhaite s’impliquer dans les affaires du monde. Elle est soutenue par un consensus politique très fort, un espace de non-agression entre gauche socialiste et droite républicaine. Ce consensus n’avait rien d’automatique. Il impose un effort constant, une idée développée dans ce livre. 
 
La France a-t-elle encore les moyens d’entretenir une force nucléaire ?
 
Eh bien, oui ! La force de frappe représente un budget annuel de 3,5 milliards d’Euros, soit 10% du budget de la défense, donc 0,15 % de notre richesse nationale. Cette somme permet de disposer d’une force très moderne (sous-marins et avions) et de financer une recherche au plus haut niveau. Celle-ci profite largement à des activités civiles. Le Laser Mégajoule du programme « Simulation », le programme qui garantit la fiabilité des charges nucléaires sans recourir à des essais réels, permet aussi d’étudier les sources d’énergie du futur. De même, les supercalculateurs du Commissariat à l’Energie Atomique servent à la surveillance de l’environnement ou à la recherche aéronautique.

En démocratie, il est légitime de débattre de ces enjeux. Pour des raisons morales ou politiques, on peut prôner la fin de dissuasion nucléaire en France, mais, l’argument économique, lui, ne porte pas loin, d’autant que le nucléaire est synonyme d’investissements industriels sur le territoire. Nos difficultés économiques, crise de  croissance et de la dette, trouvent leurs racines ailleurs que dans nos activités nucléaires (militaires comme civiles). Mon livre revient largement sur les tenants et aboutissants de ce débat.
 
Et l’Europe ?
 
La dissuasion reste une dimension fondamentalement souveraine de notre défense. Nos partenaires européens ne souhaitent pas être associés à notre stratégie nucléaire. Hors la France, le nucléaire militaire est en Europe sous la responsabilité de l’OTAN, donc sous commandement directe des Etats-Unis. C’est le maximum qui peut être accepté de nos partenaires. Dans sa coopération étroite avec les Etats-Unis, le Royaume Uni a une double position : sa force nucléaire est déployée au profit de l’OTAN, tout en restant contrôlée à un niveau national. L’union européenne a donc fait le choix de déléguer cette question à l’OTAN, et ne souhaite pas aborder cette question. L’idée d’une dissuasion européenne impliquerait en effet une Europe politique, elle n’existe pas, et ce n’est pas non plus ce que souhaite la France. En revanche, le principe de sécurité collective est prévu pas les systèmes d’alliance en l’Europe, ce qui signifie qu’une agression sur l’un de nos alliés peut entrer dans le mécanisme de la dissuasion.  
 
Un monde sans arme nucléaire est-il possible, un vœu que Barack Obama avait exprimé à Prague en 2009.
 
C’est en fait l’un des objectifs fixés par le Traité de non-prolifération, que pratiquement tous les pays nucléaires ont signé, y compris la France. Mais ce n’est pas le cas de l’Inde, du Pakistan, d’Israël, et la Corée du Nord s’est retirée du traité. Le paradoxe du traité est là. En invitant au désarmement, personne ne veut plus désarmer, au risque de se retrouver dans une position inconfortable au regard du traité en cas de restauration de capacités nucléaires abandonnées précédemment ! Aujourd’hui, on assiste à un mouvement mondial de modernisation et de renforcement des forces nucléaires dans toutes les grandes puissances.
 
Aujourd’hui, les armées françaises combattent au Mali. Le terrorisme a frappé Paris en janvier dernier.  Le nucléaire n’est-il pas nuisible à l’équipement des forces conventionnelles, celles qui se battent tous les jours ?
 
Notre dissuasion nous apporte notre liberté d’engagement militaire. La dissuasion autorise une armée organisée et entraînée pour les opérations extérieures. Ensuite, les technologies de la force de frappe contribuent à la performance des armées classiques. La dissuasion nucléaire nous oblige à acquérir des systèmes d’arme très performant à usage multiples, et ceux-ci constituent la colonne vertébrale des armées françaises, par exemple pour les télécommunications, le renseignement, les radars, les moyens de protection de la force, comme la guerre électronique, les frégates multi-missions, ou encore les chasseurs de mines.
 
La dissuasion reste donc pour la France un capital diplomatique et technologique. A charge pour nous de le faire fructifier, dans les domaines militaires, comme civils. Mon livre explique en quoi cette stratégie, soutenue par une force suffisante, mais très crédible, porte notre défense jusqu’à l’horizon 2080. 

WODKA-GALLIEN, P. 2015, Essai nucléaire, la force de frappe française au XXIème siècle.  Défis, ambitions et stratégie, aux éditions Lavauzelle. 
 


Rédaction de la RMS