Interview : Olivier Meier, un acteur clef de la recherche en stratégie



La Rédaction


Nous avons échangé avec Olivier Meier - professeur des universités et directeur de recherche (Lipha Paris Est) - afin d'échanger avec lui sur son parcours et ses projets. Bonne lecture !



Pouvez vous nous préciser vos fonctions et responsabilités à l’Université ?

Professeur des Universités et directeur de recherche au sein du laboratoire interdisciplinaire d’études Politiques de Paris (LIPHA), j’enseigne à l’Université Paris Est, Paris Dauphine et Sciences Po Paris, et dirige un Master 2 et deux licences dans les domaines de la stratégie et du management. Je suis également co-responsable des applications professionnelles  - diagnostic et évaluation -  au sein du Master 2 « Ingénierie Financière et Finance d'entreprise » de l’Université Paris Dauphine, en partenariat avec les équipes de gestion et associés-gérants de plusieurs institutions financières (Lazard Frères Gestion, La compagnie financière E. de Rothschild, Lyxor Asset Management…).

Je suis actuellement directeur de l'Observatoire ASAP "Actions Sociétale et Action Publique", mené dans le cadre de la Chaire-innovation publique ENA - ENSCI - Polytechnique et Sciences Po Paris, et dédié à l’impact des transformations sociétales sur l’action publique. Ces transformations concernent aussi bien les questions liées au numérique, à la mondialisation, au développement économique, écologique ou social. Il est donc question ici de transformations qui, de fait, se mettent en place au sein de toutes les organisations, y compris les institutions, collectivités territoriales et organisations publiques.

J’ai également été élu ou nommé dans des instances d’évaluation nationales et locales (Conseil National des Universités, Haut Conseil d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, Conseil Scientifique, Comités de sélection, Conseil de Département...) et mène depuis plusieurs années, des missions auprès de Présidences d'Université et d'organismes publics et parapublics. Enfin, je dirige plusieurs collections au sein des Editions Management & Société.
 

Quels sont vos domaines de recherche ?

Je travaille sur les stratégies d'entreprise, le management international et l'apport des sciences sociales au champ de la gestion. Je suis auteur d'articles dans des revues internationales de référence (Journal of Business Ethics, Organizational Dynamics, Family Business Review, Small Business Economics, M@n@gement, Journal of Family Business Strategy, International Review of Administrative Sciences, Journal of Social Applied Psychology…) et d'une trentaine d'ouvrages en sciences de gestion et du management. Je m'intéresse notamment aux stratégies de transformation des organisations (entreprises, associations, groupement, réseau) à l'ère de la globalisation. L'objectif est de proposer une compréhension des mécanismes d'innovation et de changement dans les organisations, en mobilisant différents cadres théoriques et grilles d'analyse (Minority Influence, Theory Actor-Network Theory (ANT) ...).

Enfin, je porte un intérêt tout particulier aux travaux de Serge Moscovici (1, 2, 3, 4) l'un des fondateurs de la psychologie sociale, en m'attachant à montrer ses apports dans le champ du management stratégique. J'ai beaucoup travaillé sur cette question depuis ma thèse de doctorat car la perspective Moscovicienne permet de mieux comprendre et éclairer la manière dont on peut créer de l'innovation stratégique dans le cadre de stratégies conjointes (fusions, acquisitions, joint-venture, coopérations) (5).


Nous avons vu que vous aviez obtenu plusieurs prix et distinctions ?

Oui, en effet, au cours de ces dernières années, mes travaux ont été récompensés par trois associations renommées (AIMS, ABSRC, AIM..) en stratégie et management. J'ai été notamment le lauréat du prix de la « Meilleure étude empirique » pour ma communication (en coll.) sur « Le rôle du contrôle et de la force des liens dans la capacité de gestion des alliances stratégiques », décerné par le Cercle de l'innovation I Fondation Dauphine.

En 2017, j'ai eu le plaisir de recevoir le Prix FBR du meilleur article (Best Article Award) "The early succession stage of a family firm : exploring the role of agency rationales and stewardship attitudes", publié dans la revue Family Business Review (rang A) et décerné par la Family Firm Institute à Chicago (USA).

Depuis 2003, plusieurs de mes ouvrages aux éditions DUNOD ont été sélectionnés et recommandés par le Ministère de la Culture, en vue d'être diffusés dans les programmes des Universités francophones (Canada, Belgique, Suisse, Maghreb, Cameroun, Côte d'ivoire, République du Congo, Liban...).


Pouvez-vous nous parler de vos coopérations et expériences à l’international ?

Mon expérience internationale est déjà associée à mon parcours, puisque j’ai effectué une partie de mes études en Allemagne (Université d’Osnabrück) et au Canada (Université de Sherbrooke) dans le cadre de ma formation universitaire. Depuis, d’autres collaborations ont été initiées, compte tenu de l’importance aujourd’hui de l’international dans les activités de Recherche et d’Enseignement.

Dans le domaine de l’enseignement, l’une de mes expériences récentes concerne mon rôle en tant que membre du comité de coordination scientifique d’un programme de formation continue Université Paris Est- Ministère de l'intérieur du Vietnam (cycles de conférences et de rencontres, en lien avec le service « Relations internationales » de l’Université). Ces séminaires répondaient à la volonté du gouvernement Vietnamien de mettre en place une réforme de l’État basé sur l’amélioration de la gestion des finances publiques, une réforme territoriale, et l’amélioration du fonctionnement de l’État. J’ai également été amené à développer un programme d’échange pédagogique avec les équipes de l’ESCA Casablanca, MDI Alger et ISCAE Tunis.

Mais mon expérience la plus marquante concerne mes responsabilités au sein du MBA Management à destination de managers chinois, co-porté par l'université Paris Est et l'Université de Tsinghua. Les enseignements dispensés dans le domaine du management interculturel et des méthodologies de recherche contribuent à mieux comprendre les problématiques liées au développement international et propose des pistes de réflexion pour travailler en contexte interculturel (codes, règles du jeu, profils attendus, stratégies d’ajustement).

Au plan de la Recherche, outre mes activités de conseiller scientifique et d'évaluateur, je travaille depuis plusieurs années avec les équipes du centre européen d’Harvard Business School autour des questions de globalisation, de gouvernance et de management international (1, 2, 3). J’ai également mené des recherches à l’international, avec les équipes de l'Institut de Recherche sur les PME à l’Université du Québec (UQTR) sur l’entrepreneuriat. De plus, j’ai mené une étude internationale sur la culture et l’éthique au Japon, à travers l’analyse des pratiques des grandes entreprises et institutions nippones, en collaboration avec des équipes de recherche de l’Université de Keio (Japon) et de la Faculté de Gestion de Beyrouth (Liban). Nous avons d’ailleurs publié un ouvrage sur ce thème aux éditions VA Press.


Quels sont vos projets de recherche futurs ?

Je souhaite tout d'abord poursuivre mes recherches dans le champ des fusions-acquisitions (1, 2, 3)  et du management international (4, 5) et approfondir dans le cadre de mes encadrements de thèse et d'HDR, la question des méthodes de recherche en management (6)

J'ai également initié d'autres projets en collaboration avec de nouveaux partenaires et mon laboratoire de recherche.

Le premier concerne l’étude du développement du cluster logistique de Sénart Paris Sud, à travers l’analyse des stratégies d’acteurs publics-privés (acteurs politiques locaux, entreprises de logistique et services associés, grande distribution, associations (Afilog), centres de formation). Il s’agit ici voir de quelle façon des acteurs de cultures et de légitimités différentes, peuvent se coordonner et s’agencer dans le cadre d’un mode de gouvernance adapté et développer ensemble des relations de coopérations au sein d’un territoire.

J’ai également comme projet, d’étudier les spécificités des stratégies de croissance des PME-PMI dans un contexte de globalisation. Plus précisément, nos recherches visent à étudier de quelle manière face à la concentration des marchés, certaines structures de taille modeste peuvent encore se développer autour d’avantages spécifiques (proximité, innovation relationnelle, innovation et RSE, stratégies collectives...) et faire face au modèle de la firme globale financiarisée. Nos travaux invitent à repenser les voies et modes de développement à la disposition des organisations de dimensions réduites (taille, effectifs, ressources), pour maintenir leurs activités sur la scène internationale, tout en restant en accord avec leurs culture et système d’organisation.

Le dernier projet est de nature transversale et transdisciplinaire, puisqu’il s’agit d’aborder et d’analyser les questions de choix et stratégies d’acteurs en matière de droit international, à travers l’exemple des contrats extractifs internationaux, et de voir à l’appui des travaux de W. Richard Scott, que contrairement à ce que l’on pourrait penser, la réalisation de ces transactions relève davantage d’un modèle naturaliste et ouvert (approche politique et institutionnaliste) que d’une démarche rationaliste et objective. Dans ce domaine, les jeux d’influences et les communautés de pratiques revêtent un rôle majeur. En effet, les praticiens et les entreprises signataires de ces contrats sont avant tout influencés par leur environnement, les pratiques de la communauté extractive et le contexte social et culturel des négociations.

 

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